DARPA
Defense Advanced Research Projects Agency : agence pour les projets de recherche avancée de défense
Une agence née de Spoutnik
Le 4 octobre 1957, l’Union soviétique place en orbite le premier satellite artificiel. Aux États-Unis, le choc est d’abord technologique : le pays découvre qu’il peut être pris de court. Quatre mois plus tard, en février 1958, le Département de la Défense crée l’Advanced Research Projects Agency, l’ARPA, avec une mission qui n’a guère changé : ne plus subir de surprise technologique, et en provoquer chez les autres. Le D de « Defense » apparaît dans son nom en 1972, qu’elle porte définitivement depuis 1996.
Une méthode plus qu’un laboratoire
La DARPA ne possède aucun laboratoire. Elle emploie une centaine de chefs de programme, recrutés pour trois à cinq ans dans l’université ou l’industrie, qui disposent chacun d’un budget pour atteindre un objectif précis, souvent jugé presque impossible, en finançant les équipes qui leur paraissent les mieux placées. L’ensemble représente environ quatre milliards de dollars par an, répartis sur quelque 250 programmes. Beaucoup échouent, et c’est admis : un programme certain de réussir est un programme qui n’a pas visé assez haut.
Ce qu’on lui doit
ARPANET, dont le premier message part en octobre 1969 entre l’université de Californie à Los Angeles et le Stanford Research Institute, est l’ancêtre direct d’internet. Le premier CERT, créé en 1988 après le ver Morris, est une commande de la DARPA. Ses concours de véhicules autonomes ont lancé la voiture sans conducteur : en 2004, aucun participant n’a terminé le parcours dans le désert ; en 2005, cinq l’ont achevé. L’assistant vocal Siri est issu d’un projet qu’elle a financé. Elle soutenait aussi, dès le début des années 2000, l’un des premiers réseaux de distribution quantique de clés, et participe aujourd’hui à la course à l’ordinateur quantique.
Un modèle que l’on copie
Ce qui fait école n’est pas le budget, que peu de pays pourraient égaler, mais la manière : des objectifs ambitieux et datés, des responsables qui ont les moyens de décider vite, et le droit à l’échec. Le Royaume-Uni a créé son agence sur ce modèle en 2023, l’ARIA ; l’Allemagne a fait de même avec SPRIND. La leçon vaut bien au-delà de la défense : une rupture technologique se prépare rarement dans un plan prudent, et naît le plus souvent d’un pari assumé, confié à une équipe à qui l’on a laissé le temps de se tromper.
Mise à jour : 27 septembre 2026
